Accusé de viol à tort par son petit-fils, Christian Iacono nous raconte son cauchemar

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 09/06/2022 à 17:06
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INTERVIEW. 15 ans de calvaire. C’est ce qu’a vécu Christian Iacono, l’ancien maire de Vence, accusé à tort de viol par son petit-fils. En 2000, l’enfant, alors âgé de 10 ans, raconte aux enquêteurs les abus que son grand-père lui aurait fait subir à plusieurs reprises. La procédure judiciaire s’enclenche, le piège se renferme sur l’édile. Il est condamné à 9 ans de prison en 2011. Quelques mois plus tard, par miracle, son petit-fils se rétracte : tout n’était que mensonge. Depuis, Christian Iacono essaie, tant bien que mal, de comprendre et de recoller les morceaux de sa famille fracturée. Il nous raconte.

A 86 ans, Christian Iacono est un homme marqué par le drame qui morcèle sa vie depuis plus de 20 ans. En 2000, cet ancien radiologue est maire de Vence, dans les Alpes-Maritimes, où il vit avec sa femme, lorsque son quotidien bascule. Son petit-fils, Gabriel, âgé de 10 ans, l’accuse de viol. Il raconte que son grand-père aurait abusé de lui à plusieurs reprises, dans la salle-de-bains de leur domicile de Vence, lorsqu’il rendait visite à ses grands-parents pendant les vacances.

La machine judiciaire infernale s’enclenche. Christian Iacono est placé en garde à vue, puis mis en examen. Les médecins ont décelé des fissures anales chez le jeune garçon : il n’en faut pas plus pour accuser le vieil homme.  En quelques mois, Christian Iacono perd tout. Il tente, pourtant, de se battre et de prouver son innocence, mais en vain.

Le terrible mensonge qui a déchiré toute une famille

La procédure est lente et douloureuse. Au terme de plusieurs renvois, le maire de Vence comparait devant les assises des Alpes-Maritimes en 2009. A la barre, son petit-fils, désormais adolescent, réitère ses accusations. Le grand-père est condamné à 9 ans de prison. Malgré l’appel, la peine sera confirmée, et Christian Iacono sera déféré à la prison de Grasse. Il craint alors d’y rester jusqu’au bout. Mais quelques mois plus tard, pétri de remords, son petit-fils se rétracte soudainement. Tout ceci n’était qu’un mensonge, plus ou moins soufflé par son propre père, qui ne s’entendait pas avec Christian.  

En 2014, l’ancien maire obtient l’annulation de sa condamnation. Il tente, depuis, de reprendre une vie « normale », et de reconstruire le lien avec son petit-fils. Mais la blessure est profonde. Il nous raconte.

Quelle était votre relation avec votre petit fils Gabriel avant ces accusations ?

Christian Iacono : Tout a commencé en réalité avec la relation avec mon fils, le père de Gabriel. Pour des raisons que j’ignore et que je cherche encore à comprendre, il avait une détestation de son père qu’il ne m’a jamais expliqué. Comme moi, il est devenu médecin, mais il s’est rapidement installé à Reims, comme pour me fuir. Il a gâché sa vie à me détester sans jamais me dire pourquoi.

Et puis, en 1991, Gabriel est né. Pour moi comme pour les autres, ce petit-fils était très attendu, on a cru que tout allait s’arranger avec l’arrivée de cet enfant. Je suis allé le voir à la maternité, et c’était un enfant adorable, auquel nous sommes attachés très vite avec ma femme.  Mais on voyait que son père le traitait très sévèrement, il avait des punitions qui nous faisaient mal au cœur. La famille vivait à Reims, mais on gardait souvent Gabriel pendant quelques jours chez à Vence.

Quand il rentrait chez ses parents, ils nous reprochaient tout un tas de choses sur son séjour. Pourtant, tout se passait bien quand il était avec nous. A 4 ou 5 ans, déjà, il était sensible à ma position de maire, pour lui j’étais un peu le chef cow-boy du village, on saluait les policiers ensemble, il était fier et il en parlait à ses copains. Peut-être que ça n’a pas plus à son père...

Un jour, mon fils me dit « vous ne le verrez plus ». On s’est alors battus avec un avocat pour conserver tout de même un droit de visite. On a obtenu au bout d’un an et demi la possibilité de le recevoir une semaine par an et de lui téléphoner.  On faisait ce qu’on pouvait pour le voir le plus possible.

A 7 ans, il nous a annoncé le divorce de ses parents, et il était très marqué par cette séparation. Deux mois après que le divorce ait été prononcé, cette plainte a été déposée auprès d’une association.

Je pense que Gabriel était pris dans un conflit de loyauté impossible. Il était heureux quand il venait chez nous, mais quand il rentrait chez son père il entendait tout un tas de chose sur son grand-père. Ce qui dû se passer, c’est qu’il a voulu prendre le parti de son père pour se rapprocher de lui à ce moment critique, car sa mère malheureusement était malade et n’était pas très présente.