Dans le premier convoi pour Auschwitz, l’histoire d’amour taboue entre un nazi et une jeune femme juive

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 18/05/2022 à 16:05
Des femmes dans le camp d'Auschwitz
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Il y a 80 ans, 999 jeunes femmes slovaques étaient envoyées à Auschwitz, en Pologne, pour y construire le futur camp d’extermination nazi. L’une d’entre elles, la jeune Helena Citrónová, 19 ans, attire l’attention d’un officier SS, Franz Wunsch, âgé de 20 ans. Au milieu de l’horreur, les deux jeunes gens entament une relation à haut-risque, source, encore aujourd’hui, de nombreux tabous. Récit d’un amour impossible.

Le 27 mars 1942, 999 jeunes femmes juives sont embarquées par les forces nazies dans le train DA 66 depuis Humenné, en Slovaquie, jusqu’à Auschwitz. Sur place, 999 geôlières allemandes les attendent. Le chiffre a été choisi avec soin par Himmler, le bras droit du Führer, qui versait dans l’occulte, pour « porter chance » au « grand projet de la Shoah ». Auschwitz est encore à l’état de chantier : il faut tout construire pour que le camp d’extermination soit à la hauteur de la « Solution finale », qui verra le jour un an plus tard.

Les pauvres slovaques ignorent qu’elles vont alors construire de leurs mains le camp où leurs semblables vont périr dans d’atroces souffrances ; elles pensent, dans le convoi qui les guident jusqu’à Auschwitz, qu’elles vont travailler dans une usine de chaussures.

« Ce n’était pas de l’amour »

La réalité sera tout autre. Elles sont contraintes de démolir des bâtiments à mains nues, et de bâtir un temps record des dizaines d’unités, en plein hiver, le crâne rasé et à peine vêtues. Plus des deux tiers des 999 jeunes femmes sont décédées avant l’année 1943, mortes de faim, de froid, victimes de tortures insoutenables ou suicidées face à l’horreur.

Parmi ces jeunes esclaves, il y a Helena Citrónová, une jolie tchécoslovaque de 19 ans. La construction achevée, elle est assignée au tri des biens des déportés, un « poste » qui lui permet de garder sa chevelure intacte. Un soir, les « employées » du service sont conviées à venir chanter et danser pour divertir un groupe de SS, à l’occasion de l’anniversaire de l’un d’eux.

Une amie d’Helena, qui sait à quel point la jeune femme chante à merveille, la pousse à en faire profiter l’assemblée. Elle se met à entonner « Liebe war es nie », (Ce n’était pas de l’amour) une chanson allemande mélancolique. Franz Wunsch, un soldat SS, ne la quitte pas des yeux. Sa prestation achevée, il s’approche d’elle et lui demande de recommencer.