« Il y a une piste sérieuse » : l'ami de Xavier Dupont de Ligonnès se confie

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 02/05/2022 à 17:05
Xavier Dupont de Ligonnès
Abacapress
Bruno de Stabenrath rencontre Xavier Dupont de Ligonnès au lycée Saint-Thomas d’Aquin, à Versailles, alors qu'ils ont tous les deux 17 ans. Une amitié solide se noue très vite entre eux. Et si la vie les sépare quelque peu à l'âge adulte, ils n'en restent pas moins "de vieux copains", qui se retrouvent avec joie quelques fois par an. En avril 2011, Bruno, devenu paraplégique après un grave accident de voiture, apprend l'impensable. Son ami aurait massacré sa famille entière à Nantes, avant de fuir direction le Var, et de disparaître. Pour autant, 11 ans plus tard, il est convaincu d'une chose : Xavier est en vie, et il pourrait être retrouvé très bientôt, à la faveur de nouveaux éléments dont aurait pris connaissance Bruno, auteur, en 2020, de l'Ami impossible. Entretien.

En 1997, Xavier Dupont de Ligonnès et Bruno de Stabenrath se rencontrent sur les bancs du lycée Saint-Thomas d’Aquin, à Versailles. Très vite, la complicité s’installe entre ces deux fans de rock et de motos, qui parlent de filles et rêvent de voyages sur la route 66. C’est le « Ligo » et le « Stab », Starsky et Hutch, deux adolescents qui tentent alors de grandir à leur façon comme ils le peuvent dans le milieu traditionnel et catholique de la cité du Roi Soleil. Leur amitié va ensuite traverser les âges. Après le bac, Bruno poursuit sa carrière d’acteur. Xavier, lui, choisit une voie plus traditionnelle : il rencontre sa femme, Agnès, avec qui il fonde une famille et déménage, plus tard, à Nantes.

Les contacts se font alors plus rares entre les deux amis, que trop de choses séparent. Mais leur complicité demeure intacte. En 1996, Bruno de Stabenrath est victime d’un terrible accident de voiture, qui le rend paraplégique ; Xavier se montre très présent pour lui. Bruno, lui, assiste pendant des années en témoin aux grands évènements de la vie de son acolyte du lycée ; il rencontre sa femme, l’entend parler de ses enfants… Et ne voit rien de sa lente descente aux enfers.

« Coucou tout le monde »

Un matin d’avril 2011, Bruno de Stabenrath, sans nouvelles de son ami depuis plusieurs jours, apprend que c’est toute la famille qui manque à l’appel. Il découvre l’existence du fameux courrier « Coucou tout le monde », envoyé par Xavier à quelques proches, prétextant une délocalisation express en Australie dans le cadre d’un programme de protection de témoins.

Quelques jours plus tard, les enquêteurs découvrent les corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et des quatre enfants du couple sous la terrasse du 55, boulevard Schuman, à Nantes.

Xavier, lui, est introuvable. Peu de temps après le crime, il a pris la fuite, direction le Var, où sa trace se perd définitivement le 15 avril 2011, à la sortie du parking de l’hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens.

Depuis, Bruno de Stabenrath est hanté par le geste de son ami, et torturé par cette question : où se cache-t-il ? Car l’ami est convaincu d’une chose : Xavier Dupont De Ligonnès est bien vivant. Pendant 10 ans, il va fouiller, chercher, tenter de comprendre.

En 2020, il compile ses recherches et raconte son amitié hors du commun avec « l’homme le plus recherché de France », dans un livre, à la fois enquête et lettre ouverte à son camarade perdu, L’ami impossible (Gallimard). Entretien.

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire l’histoire de votre amitié avec XDDL, et de mener en parallèle une enquête sur l’affaire ?

Bruno de Stabenrath : Dès le début de l’affaire, j’ai commencé à mener mes recherches. La plupart des amis étaient un peu effrayés par l’affaire. Moi, j’avais besoin de savoir, tout de suite, de comprendre, de retrouver des gens qui le connaissent, des gens de sa famille. Sauf qu’il m’a fallu pas mal d’années pour retrouver ces gens dont beaucoup se cachaient… En dehors de l’affaire, je me suis toujours passionné pour les affaires criminelles. Donc il fallait que je fasse tout cela sérieusement, que j’arrive à me procurer les dossiers de police… Cela a pris évidemment beaucoup de temps. 

Quel genre d’ami était Xavier ? Quel genre d’adolescent était-il, et quel genre d’homme est-il devenu ?

Bruno de Stabenrath : C’était un garçon très sympathique, chaleureux, qui avait beaucoup d’humour. Il n’a jamais vraiment changé. A la fin, on se voyait une deux fois par an, et il était toujours ravi de me voir, on était des vieux copains, on retrouvait nos paradis perdus. Il avait été très touché par mon accident de voiture. Il était plutôt bienveillant, et quand bien même, il ne m’aurait jamais raconté ses soucis, j’étais en fauteuil, il n’allait pas me parler de ces problèmes existentiels.

C’était un type charmant, pas un mec violent, psychopathe ou psychotique. C’était vraiment quelqu’un de normal.