Insensibles, cruels et sadiques ? Les secrets des derniers bourreaux de France

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 04/04/2022 à 18:04
Une guillotine
Istock
Le Robert définit le bourreau comme « Celui qui exécute les peines corporelles ordonnées par une cour de justice, et spécialement la peine de mort. »
En France, où la peine capitale était en vigueur jusqu’en 1981, plusieurs bourreaux se sont succédés à l’échafaud. Leurs histoires, trop souvent oubliées, en disent pourtant long sur fonctionnement de la justice française jusqu’alors.
Qui étaient vraiment ses professionnels pas comme les autres ? Etaient-ils vraiment insensibles, cruels, voire sadiques ? Nous avons discuté avec Sylvain Larue, un historien « autodidacte » qui s‘est pris de passion pour l’étude de ces personnages.

Le métier de bourreau n’est pas né avec le monde. Jusqu’au Moyen-âge, on désigne rarement quelqu’un d’ « officiel » pour appliquer la fameuse loi du talion. Les exécutions reviennent alors souvent à celui qui s’est senti le plus offensé. C'est au cours de XIIIème siècle que les premiers bourreaux professionnels entrent en jeu.

Ils officient alors sous le statut d’officier judiciaire, et sont chargés d’exécuter diverses peines ordonnées par la justice criminelle : sévices corporels, tortures, mise à mort par noyade, bûcher, enfouissement, écartèlement, décapitation, pendaison…

L’opprobre du bourreau

Les bourreaux sont presque exclusivement des hommes : quelques bourrelles ont bien traversé l’histoire ça et là, mais uniquement de façon ponctuelle, et pour exécuter des peines qui concernaient, elles aussi, des femmes.

Toujours est-il que ces personnages inspiraient véritablement la crainte et le mépris de leurs contemporains, au point que la plupart des bourreaux et leurs familles vivaient à l’écart de la société, et se reproduisaient uniquement entre « dynasties de bourreaux ».

Ils sont même affublés d’un uniforme particulier : ils doivent porter en tout temps un habit rayé, motif réservé aux catégories de populations dites « infâmes », ainsi qu'un insigne. Et contrairement à l’image souvent donnée d’eux dans la culture populaire, leur visage était bien à découvert, ce qui rendait l’anonymat de la tâche impossible.

C’est véritablement sous la Révolution que le rôle du bourreau va changer, et s’institutionnaliser, avec notamment la généralisation à tout le territoire français de l’exécution par guillotine. Pendant près de deux siècles, les exécuteurs vont se succéder derrière la machine, assistant aux dernières secondes des condamnés à mort. Mais la plupart des citoyens ignorent tout de leur métier, de leur quotidien, et leurs personnalités parfois intrigantes.

Sylvain Larue, autodidacte passionné par l’histoire de la peine de mort, a étudié de près ses personnages particuliers qui ont jalonné les siècles. Il a publié Desfourneaux, bourreau aux éditions DeBorée, une biographie du bourreau « honni » de la Seconde Guerre mondiale.

Nous lui avons posé toutes nos questions sur le sujet.

Pourquoi vous êtes-vous intéressés aux bourreaux ?

Sylvain Larue : C’est assez personnel : je suis autiste Asperger, et ça c’est une des caractéristiques de ce syndrome : les intérêts restreints. Ce sont des sujets de culture ou connaissance qui ont tendance à retenir toute l’attention de la personne, et on se spécialise dans ça. Moi, je suis me suis intéressé à la peine de mort.  C’est un sujet qui me fascinait dès l’âge de 6 ans, et j’ai faire des recherches à partir de 14 ans là-dessus. Evidemment, ça m’a conduit à m’intéresser à la justice, à l’histoire criminelle, aux bourreaux, aux condamnations...

C’est un sujet qui a tendance à intéresser beaucoup de gens, mais qui reste méconnu et rempli d’approximations, de légendes et de mensonges, à cause du côté tabou de la situation.

La plupart des gens qui se sont exprimés là-dessus par le passé étaient contre la peine capitale, et ils ont brodé, enlaidi une situation déjà très laide à la base, ce qui n’a fait que compliquer davantage la tâche des historiens sur toute ces périodes.

Combien y avait-il de bourreaux, en France, selon les périodes ?

Sylvain Larue : C’est allé decrescendo. Sous l’Ancien régime, chaque ville importante pouvait disposer de son propre exécuteur. Avec la Révolution française, on s’est contenté de réduire le nombre d’exécuteurs à 1 par département, et au cours du 19e siècle on est allé vers une baisse du nombre de bourreau, à cause notamment de la suppression des basses œuvres (tortures, marques au fer rouge, questionnements). Il y avait du travail en moins, donc moins besoin de personnel.

Ensuite, dès 1831, avec le jeu des circonstances atténuantes, la peine capitale a été de moins en moins prononcée, et là aussi le nombre de bourreaux a été réduit. Il n’y en avait plus qu’un par cour d’appel, soit deux ou trois par département.

En 1870, on a titularisé une équipe nationale de 6 personnes : il y avait l’exécuteur en chef, en charge du geste de donner la mort et de gérer la paperasse administrative, ainsi que deux premiers adjoints, et trois seconds adjoints. Le Maghreb avait sa propre équipe également. Dans les autres territoires, on ne gardait pas un bourreau à temps plein en raison de la faible fréquence des exécutions.

Cette façon de faire a substitué jusqu’en 1981, avec une équipe plus réduite : un seul exécuteur en chef, 2 premiers adjoints et un exécuteur auxiliaire