« Je dois te toucher pour te guérir » : Caroline, agressée par un prêtre, témoigne

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 10/05/2022 à 19:05
Un confessional
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INTERVIEW. A l'âge de 20 ans, Caroline subit les assauts d’un prêtre au sein la communauté religieuse des Béatitudes. Sous le choc, la jeune femme enfouit son traumatisme. Surtout que l’homme, adulé par les fidèles, semble intouchable. Mais en 2018, tout va ressurgir brutalement. Caroline décide alors de se battre, pour elle, mais aussi pour toutes les autres victimes de la pédocriminalité au sein de l’Église. Entretien.

Elle croit toujours en Dieu. Pourtant, c’est sa foi qui l’a déposée, indirectement, entre les griffes de son bourreau.

Lorsqu’elle n’a que 14 ans, Caroline Pierrot est victime d’un premier traumatisme. Elle est agressée sexuellement, en pleine rue, dans son village de Bourganeuf (Creuse). Son agresseur n’ira jamais en prison.

Croyant lui offrir la sécurité, ses parents décident d’inscrire Caroline dans un internat catholique, à Limoges.  En fervente chrétienne, l’adolescente se rend à Lourdes, où selle se lie avec des religieuses affiliées au mouvement des Béatitudes. C’est dans cette communauté qu’elle rencontre le père M. Cet homme de Dieu, que l’on vient voir de la France entière, est un « prêtre star », car il aurait le don de guérison par les mains.

Caroline, abusée par un prêtre : « Il était idolâtré »

Caroline, 20 ans, ne se remet pas de l’agression dont elle a été victime 6 ans plus tôt, et décide de s’en confier au religieux. Elle ignore alors qu’elle va vivre l’horreur, à nouveau. 30 ans plus tard, le douloureux souvenir la hante encore.

Elle a accepté de nous raconter son histoire et son combat, aujourd’hui, pour lutter contre l’omerta et la pédo criminalité dans l’Église. Interview.

Comment vous êtes-vous retrouvée au sein de la communauté des Béatitudes ?

Caroline : Lorsque je suis allée à Lourdes, ils étaient partout dans les rues. J’avais 18 ans, ils étaient joyeux, beaux, il y avait une ferveur. Chez moi, la séduction a bien opéré. Je n’ai pas été élevée dans la foi, alors c’était une grande découverte. J’ai aussi été séduite par les chants, je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir des chants si beaux dans les églises.

C’était une communauté, considérée comme une association de fidèles, et non comme une réelle communauté religieuse. Quand on y entrait, on devait faire des vœux, ça faisait partie du package. On était donc en quelque sorte des religieux.

Comment avez-vous rencontré ce prêtre ? Quel était son profil ?

Il était prêtre à la mission de France, mais il avait un rôle de père spirituel dans la communauté. C’était un homme avec une aura énorme, des cars entiers venaient pour le voir. Il était idolâtré. Les gens venaient pour ça, file d’attente de deux trois heures. Certains journaux chrétiens lui faisaient même de la pub…

L’Église n’a jamais cherché à calmer le jeu, sachant ce qu’il se passait. Des centaines de personne venaient faire des retraites pour lui, c’était tout de même quand même assez louche. D’autant plus que j’ai appris, quand j’ai déposé plainte il y 4 ans, qu’une vingtaine de premières plaintes avaient déjà été déposée s’il y a 25 ans auprès de l’Evêque, et que personne n’en avait parlé. Cela a été complètement étouffé. On lui avait seulement demandé de « prendre du recul » pendant un mois.