L’affaire Barataud : scandale, triangle amoureux et double meurtre à Limoges dans les années 1920

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 27/06/2022 à 16:06
Le cirque de Limoges circa 1921
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INTERVIEW. En 1928, un double meurtre secoue la ville pourtant discrète de Limoges. Charles Barataud, un « dandy » bien né de 33 ans, est accusé d’avoir tué Etienne Faure, un chauffeur de taxi, et, quelques jours plus tard, son propre amant, le jeune Bertrand Peynet, 17 ans.
Le scandale ne tarde pas à fasciner la France entière et la condamnation de Barataud au bagne plutôt qu’à l’échafaud quelques mois plus tard déchaine les passions. Aujourd’hui, la tragique épopée du « beau Charley » continue de faire parler dans la région, et conserve encore bien des mystères. Philippe Grandcoing, historien et co-auteur d’un ouvrage sur l’affaire, nous raconte.

Dans les années 1920, la ville de Limoges, dans la Haute-Vienne, est un lieu de contrastes, où se mélangent ouvriers traumatisés par la Grande Guerre et riches industriels bourgeois.

C’est dans ce climat qu’éclate, en 1928, l’affaire Barataud.

Le 12 janvier, Etienne Faure, un chauffeur de taxi limougeaud, disparait soudainement. Cinq jours plus tard, Charles Barataud, 33 ans, est arrêté. Il aurait été vu dans le véhicule du disparu.

Ce notable, surnommé « le beau Charley », est le fils d’un industriel de la porcelaine, mais il fait jaser.

Ses manières de dandys et sa passion pour le luxe passent mal dans le milieu, traditionnellement discret et conservateur, de la bourgeoisie limousine.

Affaire Barataud : sexe, mensonges et lutte des classes

Surtout, on lui prête une liaison suivie avec Bernard Peynet, le fils d’un blanchisseur, âgé de seulement 17 ans, lui même soupçonné de tremper dans de sombres affaires d’escroqueries.

Mais si le personnage de Barataud détonne, en garde à vue, il fait des déclarations qui ne semblent pas correspondre aux éléments de l’enquête. L’endroit où il assure avoir déposé le corps de la victime, par exemple, sera fouillé sans succès, et c'est ailleurs que la dépouille d'Etienne Faure sera finalement retrouvée.

Après sa garde à vue, et juste avant d’être déféré devant un juge d’instruction, on autorise Charles Barataud à retourner chez lui pour récupérer des affaires et « dire adieu » à son paternel. Les policiers qui l’attendent alors devant sa porte entendent, au bout de quelques minutes, un coup de feu. Bertrand Peynet a été abattu d’une balle dans le crâne. Et Charles Barataud est sur le point de se donner la mort avec la même arme à feu.

« Nous avions décidé de mourir ensemble, je devais le tuer puis me suicider, je n'ai pas eu le temps, je n'ai pas eu le courage », aurait-il déclaré aux enquêteurs par la suite.

L’affaire fait le tour des canards de l’Hexagone, et la révolte ne tarde pas à gronder. Pour les classes populaires, le double crime de Barataud est un exemple des mœurs dissolues de la bourgeoisie.

Lorsque Charles échappe à la peine de mort, en 1929, c’est l’émeute à Limoges.

Mais où se situe vraiment la réalité judiciaire dans cette affaire ?

Philippe Grandcoing, professeur agrégé d’Histoire, né à Limoges et auteur de la saga policière Hippolyte Salvignac, a coécrit avec Vincent Brousse et Thierry Moreau L’affaire Barataud, une enquête dans le Limoges des années vingt, un document qui retrace l’affaire. Il nous raconte son enquête.