Massacre d'Oradour-sur-Glane : le témoignage puissant de Robert Hébras, le dernier survivant

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 08/06/2022 à 16:06
Ordaour-sur-Glane
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INTERVIEW. Il y a tout juste 78 ans, le 10 juin 1944, un détachement de soldats SS fusillait sans détour les 643 habitants du village d’Oradour-sur-Glane, dans la Haute-Vienne, avant de saccager les lieux. 7 personnes seulement ont réchappé au massacre.
A 96 ans, Robert Hébras est le dernier survivant d’Oradour encore en vie. Il témoigne, aux côtés de sa petite-fille Agathe, dans un livre, "Le dernier témoin d'Oradour-sur-Glane" aux éditions HarperCollins. Ils ont accepté de se confier pour Enquêtes de vérité.

C’est un souvenir encore douloureux, qui a marqué profondément l’histoire de la France, et encore plus, celle des habitants de la région.

Le 10 juin 1944, au cœur de la Seconde guerre mondiale, un détachement de la divison SS Das Reich pénètre dans le village paisible d’Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, avec une seule mission : tout détruire.

Ils ordonnent aux habitants de sortir de chez eux, et séparent la foule en deux groupes : les femmes et les enfants d’un côté, les hommes de l’autre. Les premiers seront fusillés en pleine rue, les autres, brûlés vifs dans l’église du village. 643 personnes périssent au total. L’horreur est absolue.

C’est le plus grand massacre de civils commis en France par les armées allemandes.  Dans le village limousin devenu martyr, 7 miraculés réchapperont au massacre. Parmi eux, il y a Robert Hébras, un jeune homme de 19 ans.

Ce jour-là, Robert est en train de discuter avec ses amis, dans le village, lorsque les troupes nazies arrivent sur des blindés. Personne ne prend véritablement la mesure de ce qu’il va advenir. Les Allemands rentrent dans les maisons, sortent les occupants et leur ordonnent de se regrouper sur la place, où ils seront ensuite séparés : les femmes et les enfants sont emmenés, tandis que les hommes restent au milieu du bourg.

Robert Hébras, dernier survivant du massacre d’Oradour : « Pourquoi moi ? »

Robert et ses camarades doivent se tenir debout face à la grande, où quelques minutes plus tard, une détonation sonnera le départ de la fusillade. Les SS tirent sur tous les hommes. Robert est touché, mais encore vivant. Il décide de rester « caché » sous les corps, jusqu’à ce que l’incendie provoqué par les Allemands l’atteigne. Il retrouve ensuite 5 autres rescapés et passe le reste de la journée à éviter le feu et les soldats qui rôdent encore.

78 ans plus tard, il est le seul survivant du drame à être encore en vie. Il a transmis son histoire à sa petite-fille Agathe, une historienne âgée de 29 ans qui travaille à la Fondation du Patrimoine, et ensemble, ils ont co-écrit un ouvrage, qui vient de paraitre aux éditions HarperCollins : Le dernier témoin d'Oradour-sur-Glane. Entretien.

Quels souvenirs gardez-vous de ce 10 juin 1944 ?

Robert Hébras : Les souvenirs sont encore très vifs, ils persistent. Et c’est souvent pire aux alentours du 10 juin, cela s’accentue.

Ce jour-là, on ne s’attendait absolument pas à un tel drame, il n’y a aucun doute. On s’est rendu compte que quelque chose n’allait vraiment pas quand les Allemands ont commencé à nous regrouper, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre.

J’étais à côté de mon meilleur ami, Martial. Lui est tombé sous les balles, et pas moi. Je me demande souvent : pourquoi moi, je suis là ? Et je ne sais vraiment pas…

Ce jour-là, vous avez aussi perdu votre maman et deux de vos trois sœurs…. Comment l’avez-vous appris ?

Robert Hébras : Le soir, je parviens enfin à m’échapper du village, et je n’étais pas si malheureux : je savais que mon père était à l’extérieur, et je pensais que les femmes et les enfants avaient été épargnés et emmenés dans un autre endroit, pour qu’elles ne voient pas le drame. Hélas, ça n’a pas été le cas.

Lorsque que je retrouve mon père, je lui raconte. Il n’a rien dit, et il a pris son vélo jusqu’à Oradour. Il a regardé, s’est approché, et c’est là qu’il a vu le charnier de l’église. Ils avaient brûlé les femmes et les enfants dans l’église du village. Il m’a dit en revenant que ma mère et mes deux sœurs avaient été brulées vives. Le choc a été violent, terrible pour moi. J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre.