Témoignage : leur mère a été violée dans un Ehpad, et la justice n'a rien fait

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 21/02/2022 à 18:02
Une main
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En 2013, Denise, 92 ans, est victime d’un viol extrêmement violent au sein de son Ehpad, dans l’Ain. Elle décède un an plus tard. Depuis, sa famille se bat pour que justice lui soit rendue, mais pour l’heure, ils se heurtent à un mur.

Denise était une femme coquette, joviale, pleine d'humour et à la langue bien pendue. A 92 ans, la vieille dame qui avait encore toute sa tête était hébergée dans un Ehpad de l’Ain depuis deux ans au moment des faits. « J’habite à côté, alors j’allais la voir tous les deux jours », nous confie sa fille, Monique. Elle lui apporte son linge, l’emmène promener, bref, Denise est loin d’être isolée dans cet établissement. Et au début, du, moins, ses quatre enfants ne remarquent rien. « L’établissement avait l’air correct », poursuit Monique.

Mais au fil des mois, Monique et ses frères et sœurs découvrent de nombreuses négligences. « Parfois, notre mère n’était pas lavée pendant 6 semaines. On était obligées de le faire nous-même », explique Monique.

« Bleue jusqu'au cou »

Le 7 avril 2013, Denise est retrouvée, en état de choc, dans les toilettes du premier étage, sur une chaise roulante qui n’est pas la sienne. Elle raconte avoir été agressée. Au même moment, par un « hasard » du calendrier, sa fille lui rend visite. Denise est « bleue, jusqu’au cou ». Elle a visiblement été tabassée. Mais le personnel de l’Ehpad refuse de rentrer dans les détails de ce qui a pu se passer.

« Si ma sœur n’était pas venue, on nous aurait probablement dit qu’elle était tombée dans les escaliers. Ils avaient déjà nettoyé les traces de sang », souffle Monique. L’établissement finit par appeler les gendarmes, une heure et quart après que Denise ait été retrouvée.

Le reste de la famille accourt à son chevet, et la vieille dame est transportée à l’hôpital. Les analyses mettront en évidence le calvaire subi par Denise : elle a des traces de coups et blessures, un traumatisme facial, une fracture du nez et de la pommette, et, comble de l’horreur, des lésions génitales. La nonagénaire a été violée.

Une enquête est immédiatement ouverte. Aux gendarmes, Denise raconte avoir été agressée non pas au premier étage, mais dans sa chambre, par un homme « vilain », qui lui aurait dit « je vais te tuer par tous les moyens ». Elle précise qu’il était accompagné d’une femme. Aucun juge d’instruction ne sera toutefois saisi pour poursuivre les investigations.