TEMOIGNAGE Surveillante pénitentiaire, elle nous livre les secrets de la prison des femmes

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 14/03/2022 à 17:03
Des clés de prison
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Pendant 37 ans, Marie-Annick Horel a exercé le difficile et méconnu métier de surveillante pénitentiaire, au Centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Aujourd’hui, elle revient sur son expérience dans un livre témoignage fleuve, "Au cœur de la prison des femmes", paru aux éditions du Tallandier. Sans tabou, et loin des clichés, elle raconte le quotidien des détenues, et les challenges de la vie en prison. Elle a accepté de nous partager son histoire et quelques confidences sur les détenues qu'elle a longuement fréquentées.

De 1980 à 2017, Marie-Annick Horel, aujourd’hui retraitée, est surveillante, puis major, au Centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Elle s’occupe des dizaines de détenues qui brassent nuit et jour dans la prison, historiquement célèbre : c’est le seul établissement uniquement réservé aux femmes en France, où toutes les surveillantes sont également des femmes. Il accueille près de 300 détenues, condamnées pour la plupart à de très longues peines.

Bien plus qu'ouvrir et fermer des cellules

Ces femmes, qui ont commis l’indicible, Marie-Annick les as côtoyées de près pendant 37 ans. Elle sait tout de leur quotidien derrière les murs, et témoigne de leur difficultés à retrouver un peu d’humanité. Son rôle, c’est alors bien que d’ouvrir et de fermer des cellules. Marie-Annick Horel veut les comprendre, et les accompagner vers une vie meilleure.

Mais dans les couloirs du centre pénitentiaire, il se passe aussi des choses très sombres. Suicides, violence, détresse et manipulations… La vie en prison ne fait pas de cadeaux, ni aux détenues, ni aux surveillants.

Pour Enquêtes de vérité, Marie-Annick Horel a accepté de revenir sur sa carrière, sur les détenues qui l’ont marquée, et sur le traitement injuste que subit souvent le personnel pénitentiaire, incompris et victime des pires préjugés. Interview.

Comment vous-êtes vous retrouvée à exercer ce métier, très jeune ?

Marie-Annick Horel : Au départ, on ne choisit pas vraiment le métier. Moi, je voulais être fonctionnaire. En 1980, j’avais passé plusieurs concours administratifs, notamment celui de l’hôpital psychiatrique Saint-Anne, que j’ai réussi. Et puis au même moment l’administration pénitentiaire effectuait un recrutement. Entre l’hôpital et la prison, j’ai été attirée par la prison, car c’était un monde que je ne connaissais pas du tout. Je suis d’une nature assez curieuse, alors je me suis dit : pourquoi pas essayer, si j’y arrive, tant mieux, sinon, je ferai marche arrière.

Je ne m’attendais certainement pas à faire une si longue carrière. Au début, je n’ai pas été très bien reçue : nos collègues ne savaient pas y faire avec le jeune personnel, et ils étaient très réfractaires au changement, à la jeunesse.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer le métier de surveillante pénitentiaire ?

Marie-Annick Horel : Il faut être très forte au niveau psychologique. J’ai constaté dans ma carrière que des personnels déjà en souffrance perdaient pied facilement. Il faut être solide, ancré.

Une fois que vous avez cette force-là, il faut avoir un peu d’empathie, pas trop non plus, mais un peu, et il faut oublier qu’on a devant soi des gens qui ont commis des actes très graves. Le sang est souvent sur les mains de ses femmes là, il faut prendre de la distance avec ça, il faut se dire qu’on a des êtres humains en face de nous.

Il faut aimer les gens, tout simplement.