TEMOIGNAGE Surveillante pénitentiaire, elle nous livre les secrets de la prison des femmes

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 14/03/2022 à 17:03

Danger, mal-être : le difficile métier de surveillant pénitentiaire

Ce métier a-t-il été difficile à concilier avec votre vie privée ?

Marie-Annick Horel : C’est très difficile, car vous être « hors contexte », vous travaillez souvent la nuit ou le week-end. Quand on veut avoir une vie sociale, ce n’est pas évident. On est en décalage avec les autres : j’ai perdu des amis car je n’étais plus dans la lignée. Là aussi, il faut avoir un mental, il ne faut pas avoir peur de la solitude.

En revanche, lorsque vous êtes dans la fonction, c’est l’inverse ; c’est un travail d’équipe. Il ne faut pas être isolée, il faut tout partager avec l’équipe : sinon, ça peut être très douloureux, et vous pouvez être à la merci de certaines détenues manipulatrices.

Avez-vous subi des violences, des traumatismes, des moments difficiles au cours de votre carrière ?

Marie-Annick Horel : Oui, j’ai notamment été agressée par une détenue, qui m’a violemment giflée, c’était au tout début de ma carrière et je n’y attendais pas du tout. J’ai aussi été confrontée à la mort, et ça, ça m’a terriblement heurtée, parce que pour moi, c’était un échec. Une détenue s’était suicidée dans sa cellule.  Mes collègues m’ont beaucoup aidé dans cette épreuve en m’expliquant que c’était son choix, que l’on n’aurait pas pu l’en empêcher, mais je vis vraiment le suicide en prison comme un échec.

Vous est-il arrivé d’avoir peur dans l’exercice de votre fonction ?

Marie-Annick Horel : Bien sûr. J’ai lu peur, je n’ai pas honte de le dire. Il ne faut pas perdre de vue que les prisons aujourd’hui sont l’annexe de l’hôpital psychiatrique, il y a beaucoup de toxicomanes en manque, qui ont souvent des pathologies mentales en plus de ça, et ça peut faire très peur, car ce sont des personnes imprévisibles et incontrôlables.

Quand vous vous retrouvez face à des folles furieuses, et Dieu sait que ça m’est arrivé, vous n’êtes pas sereine, malgré notre formation qui nous apprend à gérer ces cas difficiles.

Mais heureusement, on peut toujours compter sur l’intervention rapide de nos collègues en cas de problème. La sécurité a toujours été une priorité dans l’établissement où j’ai exercé.

Mal-être, dépressions, suicides… Vous dites que le mal-être des surveillants pénitentiaires se rapproche de celui des policiers, mais que personne n’en parle. Pourquoi ce tabou et comment s’en défaire ?

Marie-Annick Horel : Ça fait partie de ma colère. J’ai beaucoup de respect pour les forces de l’ordre. Mais ce que je ne supporte pas, c’est qu’on oublie les surveillants.

On est malmenés autant que les policiers par des détenus qui font régner la loi de leur cité en prison, et on n’en parle pas, car ça arrange tout le monde. Le détenu est enfermé, logé, blanchi, nourri, alors pourquoi se soucierait-on de lui et du surveillant ? On met tout le monde dans le même panier et on oublie que nous sommes là pour faire respecter la loi, et que l’on participe à la sécurité du pays.

On ne parle que du surveillant qui n’a pas fait son boulot, quand il y a des histoires d’évasion par exemple : là, on le pointe du doigt. Le reste du temps, on est oubliés par les médias, les syndicats, par tout le monde.