TEMOIGNAGE Surveillante pénitentiaire, elle nous livre les secrets de la prison des femmes

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 14/03/2022 à 17:03

« La prison vous colle à la peau »

Vous est-il arrivé de reprendre contact avec une détenue après sa libération ? Est-ce autorisé ?

Marie-Annick Horel : Je suis à la retraite, alors oui, je fais ce que je veux ! Il y a peu, une détenue m’a retrouvée et m’a contactée en me demandant si j’acceptais d’avoir des contacts avec elle. Elle n’habite pas dans ma région, mais nous nous sommes appelées. Elle avait besoin de me parler : elle est libre depuis 10 ans, elle a refait sa vie, et elle voulait me dire que ça allait bien. Son message était clair : la prison était difficile, mais elle avait fait de belles rencontres, dont je faisais partie. Chaque année, je reçois ses vœux. Je me dis que j’ai fait, que nous avons fait, avec toute l’équipe pénitentiaire, du bon travail.

Pour certaines, la réinsertion malheureusement ne fonctionne pas. Après avoir passé 20, 30 ans derrière les barreaux, ça vous colle à la peau, et vous n’arrivez pas à vous adapter à la vie « à l’extérieur ».

Les plus petites peines sont, elles, habituées de la récidive. J’ai connu une détenue lorsqu’elle avait 15 ans : aujourd’hui elle, elle en a 35 et elle est encore en prison, elle n’a fait que rentrer et sortir pendant toutes ses années. C’est affligeant.  

Que retenez-vous de votre carrière ? 

Marie-Annick Horel : C’était un beau métier. J’ai été contente de le faire, contente de travailler en prison. Ce qui m’a plu, le plus, c’est quand Robert Badinter a été nommé ministre de la Justice (en 1981). Plein de choses ont bougé et les détenues avaient plus de libertés : elles pouvaient s’habiller, regarder la TV… Même chose, quand les premières unités de vie familiale (UVF) ont vu le jour (en 2003). Les gens disaient : « ça va être des baisodromes », alors que c’était un moment fort pour des familles qui pouvaient enfin se retrouver dans des petits appartements, après des années sans contact.

Qu’est-ce qui doit changer en prison selon vous ?

Marie-Annick Horel : Le regard qu’on a sur le personnel de surveillance doit changer. On parle de nous en des termes péjoratifs, « matones », « gardes »… Il y a tellement d’incompréhension autour du métier de surveillant pénitentiaire que j’ai fini par éviter de dire ce que je faisais aux gens que je rencontrais. Je disais simplement que je travaillais pour le ministère de la Justice. Sinon, j’entendais des horreurs sur la peine de mort, les gens me donnaient leur avis sur les criminels, ou alors on me demandait comment je faisais pour faire ce métier qui avait l’air affreux…

Et puis, il faudrait réexaminer ponctuellement, au cas par cas, les situations de certaines détenues qui sortent du lot, en tenant compte des observations du personnel pénitentiaire. Car une erreur de parcours, ça arrive.

Au cœur de la prison des femmes, Marie-Annick Horel, 18,90 € aux éditions du Tallandier