Torture au Moyen-Age : eau, écartèlement... À quoi ressemblait-elle ?

 
 
Auteur de l'article laure-helene , publié le 19/01/2022 à 16:01
Gravure de torture au Moyen-Age
Istock
INTERVIEW. Des hommes écartelés en place publique, des femmes mutilées jusqu’à la mort… Notre vision de la torture au Moyen-Age tient-elle plus du fantasme que de la réalité ? Deux historiens, spécialistes de cette période, démêlent le vrai du faux.

Le Moyen-Age était-il aussi violent qu’on veut nous le faire croire ? Cette période de l’Histoire, qui court de 476 à 1453 ou 1492, est, dans l’imaginaire collectif, ce qui se fait de plus sombre et de plus barbare. Au cinéma, dans la littérature ou les séries, on nous présente une période faite de pauvreté, de guerres et de torture, mais qu’en est-il réellement ? « Le Moyen- ge est vu comme obscur, cruel et méchant à cause d’une image qui nous vient de la période des Lumières », nous explique Martin Aurell, professeur d’Histoire du Moyen-Age à l’université de Poitiers et directeur du centre d’études supérieures de civilisation médiévale. 

Torture au Moyen-Age : faire mal pour obtenir des aveux

Pas question d’enjoliver cette période pour autant, car la torture existait bel et bien, mais pas comme on l’imagine. En effet, « la torture dans un but judiciaire, pour extorquer des aveux au prévenu, n’est admise par la loi qu’à partir du XIIIe siècle, avec la découverte du droit romain tardif », précise l’historien. Durant cette période, le code Justinien, qui date du VIe siècle, permet à la justice de redécouvrir la torture, mais qui s’applique seulement pour certains crimes, afin d’obtenir des aveux « quand vraiment on n’arrive pas à départager les témoins », indique Martin Aurell. 

« Il y a plein de gens qu’on n’a pas le droit de torturer au Moyen-Age », précise de son côté Florian Besson, docteur en Histoire médiévale et membre du collectif Actuel Moyen-Age. Il s’agit notamment des hommes d’église, des notables, des nobles et des femmes, « qu’on ne torture quasiment jamais ». En réalité, la torture n’est appliquée qu’aux crimes énormes, qui « déstabilisent le tissu social ». Il peut s’agir d’un meurtre dans des conditions particulièrement atroces, d’accusations de sorcellerie ou d’hérésie, mais aussi de ceux lourdement punis par l’Eglise comme le blasphème et le parjure. 

À partir du XIIIe siècle, la torture est donc un moyen d’obtenir des aveux, mais – vers la fin du Moyen-Age - « apparaît aussi l’idée qu’il faut faire souffrir les condamnés à mort pour des crimes particulièrement atroces », explique Martin Aurell. C’est alors qu’entrent en scène les supplices, qui ne doivent pas être confondus avec la torture. « Le supplice est le châtiment de la peine, qui sert à punir le criminel et faire peur au public présent. A ce moment-là, le criminel est déjà reconnu coupable donc il est supplicié, sa souffrance n’a pas de but judiciaire », précise Florian Besson. 

Qu’il s’agisse de torture ou de supplice, ces techniques sont effectuées par des bourreaux, dont la charge n’est pas encore héréditaire. Concrètement, à quoi ressemble la torture au Moyen-Age ? Notre vision faite de sang, de supplices interminables et violents est-elle la bonne ? Pas du tout, selon les deux historiens. Voici ce qu’elle était réellement.