Violée en réunion à 17 ans, elle a refusé le huis-clos lors du procès de ses agresseurs

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 15/05/2022 à 20:05
Claudine Cordani
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INTERVIEW Alors qu'elle a 17 ans, Claudine est victime d'un viol collectif, en pleine rue, à Paris. Ses agresseurs la séquestrent ensuite dans un appartement, où les sévices continuent.  Après plusieurs heures de calvaire, elle parvient à s'enfuir. 
Pour obtenir justice, un long combat l'attend, mais Claudine est prête. Lors du procès, à peine majeure, elle exige que le huis-clos soit levé. Une première, en France, pour des faits de viol sur mineure. Elle a accepté de nous raconter son histoire, et son combat.

En février 1984, Claudine Cordani est une jeune lycéenne de 17 ans.  Elle habite à Paris et décide, un soir, de rejoindre des amis dans le 19ème arrondissement. A quelques mètres de sa destination, elle est enlevée sous la menace d’une arme par deux hommes, qui la violent en pleine rue avant de la séquestrer dans un appartement, où un troisième homme est présent.

Après plusieurs heures de cauchemar, Claudine parvient à s’échapper. Elle se rend dans l’heure au commissariat. Pour elle, porter plainte est une évidence. Grâce aux informations qu’elle a réussi à obtenir de ses violeurs, l’enquête avance vite. En moins de 24 heures, deux de ses agresseurs sont arrêtés.

Claudine Cordani : « Tu bouges, et on te bute »

Un an plus tard, les trois hommes sont jugés devant les assises de Paris. En France, le viol est considéré comme un crime depuis quatre ans. Lorsque Claudine apprend qu’étant mineure au moment des faits, le procès se tiendra à huis-clos, elle bondit. Non, elle ne veut pas se cacher. La honte doit changer de camp. Sa décision fait date : c’est la première mineure à refuser le huis-clos. Les trois jours d’audience seront ouverts au public. Au terme des débats, ses violeurs écopent de cinq, dix et douze ans de réclusion criminelle.

Depuis, Claudine n’a cessé de se battre contre les violences sexuelles, et pour une meilleure prise en charge des victimes. Elle nous raconte son histoire, et ses combats.

Que s’est-il passé-t-il le soir de votre viol ?

Claudine Cordani : J’avais 17 ans. J’étais encore au lycée, j’avais redoublé. Et puis un soir de février 1984, je sors tôt vers 20 heures, pour rejoindre une bande de copains dans le 19ème. Je ne suis jamais arrivée. A quelques mètres seulement de ma destination, j’ai été braquée dans la rue par un homme au niveau du métro Jaurès, devant l’ancienne Rotonde. Tout de suite, un deuxième est venu. Ils m’ont menacé avec une arme à feu, et m’ont embarqué à pied.

Ils m’ont dit de marcher devant eux. On a croisé une voiture de police et là ils m’ont dit : « tu bouges, et on te bute ». J’ai été violée dans la rue très vite, le long du canal. Ils m’ont ensuite emmené dans leur cité du 19ème, niveau Ourcq, et ils m’ont violée à nouveau sur place. Il y avait également un troisième homme qui était présent dans l'appartement.

Comment avez-vous réussi à leur échapper ?

Ça a été une histoire incroyable pour m’en sortir. Apparemment, le plan du meneur, le plus dangereux, c’était de me mettre sur le trottoir. Il avait demandé à la personne chez qui on m’avait donc séquestrée de me « garder » jusqu’au petit matin.

Quand mes deux violeurs sont partis, j’ai eu un coup de chance énorme.  Alors je me rhabillais, deux jeunes hommes sont venus dans l’appartement et m’ont vue, et j’ai compris qu’ils n’étaient pas copains avec mes violeurs. Ils m’ont balancé leurs noms, ils m’ont dit : « ces mecs c’est des pourritures », et ils ont appelé la police.

Donc j’ai pu avoir leur nom dans le délai d’un flagrant délit, c’est à dire 48 heures, le cas de figure était « idéal » : mes agresseurs ont été interpellés très vite, l’un chez sa mère, l’autre chez sa copine.

Je savais déjà que j’allais porter plainte. Ces deux jeunes hommes m’ont facilité la tâche. J’avais les noms, cela a pu accélérer le dépôt de plainte, et m’éviter de me retrouver dans la rue, à aller au commissariat à pied… Même s’il est impossible de savoir ce qu’il se serait passé s’ils n’étaient pas venus.