Violée en réunion à 17 ans, elle a refusé le huis-clos lors du procès de ses agresseurs

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 15/05/2022 à 20:05

Claudine Cordani : « Quand on est violée, on meurt une fois »

Vous trouvez le courage de porter plainte rapidement. C’était important pour vous ?

Claudine Cordani : Pendant le viol, je savais déjà que je voulais porter plainte. J’avais en tête, déjà, qu’il n’était pas sûr que j’en réchappe vivante, c’était très clair. Même si quand on est violée, on meurt une fois. Chaque viol est une mort.

Je n’avais pas peur du traitement de la police, car ça ne pouvait pas être pire que mon viol. Le plus dur pour une victime c’est d’avoir été victime. Bien sûr, c’est très dur de porter plainte, de parler de ce qu’on a vécu, c’est intime et ça ravive des traumas… Mais c’est moindre par rapport à ce qu’on a vécu.

Pendant le viol, j’avais clairement conscience qu’ils n’avaient pas le droit de faire ce qu’ils faisaient. Et quand on n’a pas le droit, la réponse, pour moi, c’est la justice.

J’ai depuis très jeune ce sentiment très fort de justice et d’injustice. Cette notion d’injustice est plus forte que tout, elle éliminé la peur, les craintes, tout le reste.

C’était une évidence, il n’était pas concevable pour moi que leur vie continue comme s’il ne s’était rien passé : il s’était passé un crime. Mon but, c’était aussi et surtout qu’ils ne nuisent à personne d’autre, qu’ils ne soient plus en liberté.

Je n’ai jamais été embêtée par la culpabilité. Les coupables, c’étaient eux, j’en étais convaincue, et je n’ai jamais remis ça en cause. Donc c’était « facile » pour moi d’aller au bout de cette procédure. J’ai tout géré toute seule. Jusqu’au bout. Je ne voulais pas trop que ça se sache, je ne voulais pas être jugée par apport à ça, qu’on me considère comme différente, « salie », qu’on porte sur moi un regard différent, même si malheureusement, on n’y échappe pas.

Avez-vous été prise en charge, épaulée par la justice ?

Oui. J’ai eu la chance de tomber sur un juge d’instruction incroyable, professionnel et d’une grande humanité. Et mon avocat, commis d’office, m’a aussi très bien défendue.

Comme j’étais mineure, mes parents devaient se constituer partie civile. J’ai dit au juge que ça n’était pas possible, qu’il fallait qu’il trouve une solution, ce qu’il a fait. J’ai contacté mon frère ainé qui m’a permis de porter plainte, mais aussi de protéger nos parents. Je me suis débrouillée. Et puis ça a été le procès de ma vie.