Violée en réunion à 17 ans, elle a refusé le huis-clos lors du procès de ses agresseurs

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 15/05/2022 à 20:05

Claudine Cordani : « Mes parents n’étaient pas au courant »

Votre entourage était-il au courant ?

Claudine Cordani : Je ne voulais pas que mes parents soient au courant, pour plein de raisons. J’ai senti qu’ils n’avaient pas les moyens de me donner des pistes pour que je sois aidée, eux-mêmes maitrisant mal la langue française. Ma mère était analphabète, mon père italien parlant peu le français, et je n’allais pas trouver ressources suffisantes auprès d’eux.

Et puis, je n’avais pas de très bonnes relations avec ma mère à l’époque, elle me traitait souvent de « bonne à rien », et je n’avais pas envie de lui dire que j’avais vécu cela.  J’ai su par la suite, bien plus tard, que ma mère avait été elle-même victime de viol, et j’ai senti que, peut-être, nos relations avaient été difficiles en partie à cause de cela.

On peut avoir des femmes dans son entourage, et ne pas être soutenue par elles. Surtout, les gens au sein des familles ne sont pas assez formés sur ces questions-là. On laisse des générations de filles, mères, et grand-mères sans les moyens d’en parler, et ça créée des situations douloureuses, comme celle que j’ai vécu.

Au moment du procès, vous refusez le huis-clos, une première en France pour une mineure. Pourquoi ?

Quelque temps avant le jugement, je me suis retrouvée dans le bureau de Pierre Getti, le juge d’instruction, qui m’a informé des dates du procès. Il m’explique que cela va durer trois jours aux assises, et que ça sera à huis clos. Je ne connaissais pas ce terme, alors je lui demande ce que ça veut dire, et il m’explique.

J’ai tout de suite répondu : « ça n’est pas possible. Je veux que tout le monde vienne. Ce n’est pas à moi d’avoir honte, je veux que tout le monde le sache, que la société le sache ». C’était un peu MeToo avant l’heure. Le procès a été suivi par les médias, on en parlé parce que j’étais la première mineure à refuser le huis-clos.

Mon histoire est assez spéciale, d’ailleurs, à plusieurs égards. Je cumule plein de choses : je fais partie de faibles pourcentages de victimes qui portent plainte, qu’on a reconnu en tant que victimes, et la première à avoir refusé le huis-clos. Alors que je ne connaissais même pas l’existence de Gisèle Halimi, pourtant, à l’époque !

Je respecte et je comprends que les victimes refusent de porter plainte et refusent huis clos, mais ça me fait de la peine. Mon positionnement n’a jamais été dit de dire : « faites ceci », je dis simplement aux victimes « je suis désolée, faites au mieux pour vous, pour vous reconstruire ». On n’a rien à exiger d’une victime, on doit lui foutre la paix et respecter ses choix. D’entendre des jeunes qui me disent « je ne vais pas y aller, car les flics ne vont pas bien me recevoir », ça me met hors de moi, c’est pour ça que je suis si active. Moi mon histoire de viol est réglée, mais je veux me battre pour les autres.