Violée en réunion à 17 ans, elle a refusé le huis-clos lors du procès de ses agresseurs

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 15/05/2022 à 20:05

Claudine Cordani : « J’ai senti que j’avais un choix à faire, vivre ou mourir »

Comment avez-vous essayé de vous reconstruire ?

Claudine Cordani : C’était difficile. Car quand on est violé, on est mort-vivant. Je pense que ma personnalité, que j’avais déjà à l’époque, m’a aidé. Je négociais plein de choses, j’étais déjà féministe, je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais pas, je ne me gênais pas pour le dire. Et très vite, j’ai senti que j’avais un choix à faire : vivre ou mourir. J‘ai fait le choix de vivre car je suis une personne optimiste, heureuse d’être en vie, je trouve que c’est extraordinaire de vivre, d’apprendre des choses, et personne n’a le droit de m’enlever ça.

Je suis très déterminée, et j’arrive toujours à aller au bout de ce que je veux, et heureusement, ce trait de caractère m’a beaucoup aidé. J’ai toujours lutté, pour l’égalité des genres, pour avoir les mêmes droits que mes frères, pour défendre ma place dans ce monde. Mon combat m’a aidé à rester debout : ils ne gagneront pas, ça ne suffit pas qu’ils aient été en prison, il ne faut pas que je rate ma vie. Et j’ai tenu ma promesse.  

J’ai aussi trouvé refuge dans les livres, et je suis entrée à la Chambre typographique parisienne, où j’ai été formée à plusieurs métiers, dont maquettiste typographe. Après ma carrière dans le journalisme, je me suis tournée vers l’art du collage engagé, cela m’a beaucoup aidé. C’était une occupation qui me faisait du bien, pas chère.

J’expose d’ailleurs à Paris pour la première fois. Ce sont des collages engagés sur toutes les thématiques qui sont chères. L’expo s’appelle « kintsugi paper » : le kintsugi est un art japonais qui consiste à réparer une porcelaine brisée avec de la peinture d’or. C’est un symbole de résilience. Et moi, je fais un peu ça avec du papier !

Vous sortez de l’anonymat et décidez de témoigner en 2019. Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons : n’étant plus journaliste depuis fin 2017, j’avais retrouvé une forme de liberté dans ma parole. Je suis passée du rôle de journaliste à celui de « source ». Je savais que je voulais écrire un livre sur mon parcours, et je l’écrivais intérieurement depuis des années.

Comme j’avais arrêté de travailler comme journaliste, j’avais du temps pour réfléchir, et puis j’ai vécu des moments personnels très durs, donc je suis montée au créneau. Je me suis dit : c’est le moment, j’avais besoin de libérer ma parole. Et puis j’ai suivi les premiers évènements de Nous Toutes, l’organisation de Caroline de Haas, et je me suis dit qu’il se passait enfin un truc, et ça faisait longtemps que j’attendais ça.

C’était une façon de dire : voilà ce que j’ai fait, et pourquoi je l’ai fait. Je veux être utile pour les autres victimes.

Quels sont vos combats aujourd’hui ?

On ne peut pas me résumer à une activité, je suis éco féministe-activiste !

Je me sus formée comme écoutante au Collectif féministe contre le viol. Je suis sollicitée régulièrement sur Twitter, il m’est arrivé d’accompagner des mineurs au commissariat. Tout ce que je peux apporter aux victimes, je le fais.

Mon principal combat, c’est l’injustice dans le monde. Si on règle injustice à tous les niveaux, on peut arriver à un système qui respecte tous les vivants.

Je suis très active, vu mon histoire vis-à-vis des victimes de viol, mais je suis aussi engagée pour toutes les causes relatives aux droits, tous les droits, les droits du vivant.

Je me suis toujours sentie concerné par ce qui se passait autour de moi, dans le monde. Ma sensibilité a fait le reste. Je fais preuve d’empathie, je comprends ce que les gens ressentent. Comment faire pour que les personnes souffrent moins, c’est cela qui m’intéresse.

Il existe de nombreuses de corrélations entre la façon dont on traite les gens et façon dont on traire la planète. L’être humain n’est pas respectueux. On est mal éduqués. Le résultat c’est une culture du viol entretenue, alors qu’en 2022, on devrait être à l’inverse de ça.

Tant qu’on sera capable de laisser faire la violence, on sera capable de laisser faire tout le reste.

Kintsugi paper, une histoire graphique de la résilience et de l’écoféminisme

Claudine Cordani expose ses collages du 24 mai au 19 juin à la Cité audacieuse, 9 rue de Vaugirard, Paris 6ème arrondissement.

https://citeaudacieuse.fr/

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