Ces 5 « veuves noires » françaises ont défrayé la chronique

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 15/02/2022 à 18:02
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Une femme à la fenêtre
Istock
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Le terme « veuve noire » désigne couramment ces femmes qui ont tué leur mari ou leur époux afin d’hériter de leur fortune, ou, plus simplement de s’en « débarrasser ». On dit d’elles qu’elles sont vénales, calculatrices, qu’elles n’ont reculé devant rien… et surtout pas devant la mort. Du mythe à la réalité, découvrez les portraits de ces 5 « veuves noires » qui ont sévi sur le territoire français.

En zoologie, la veuve noire est une araignée venimeuse qui dévore son compagnon après s’être accouplée avec lui. Elle n’en a plus besoin : elle le supprime. C’est aussi le surnom qui a été donné aux femmes soupçonnées, ou condamnées, d’avoir tué leur époux pour récupérer son argent.

Parfois, leur crime reste dans l’ombre pendant des années. Car souvent, les épouses utilisent, à l’image de l’araignée venimeuse, du poison difficilement détectable pour supprimer leurs « proie ».

Pour elles, le mariage n’est souvent qu’un outil pour s’enrichir, et le meurtre, une façon de parvenir à leurs fins.

La veuve noire, du mythe à la réalité

Le mythe de la veuve noire a souvent été « romancé » par la culture populaire. Personnage récurrent dans la littérature, les films ou les séries, la veuve noire est souvent une femme séductrice, glamour, froide et sans scrupules. Une sorte de « femme fatale » au sens premier du terme, qui n’est pas sans rappeler quelques clichés sexistes.

Mais, loin de l’imaginaire collectif, la réalité est bien plus sombre.  

Dans l’histoire, certaines « veuves noires » tristement célèbres ont défrayé la chronique et choqué l’opinion publique par leur cruauté sans limites.  

Au XVIIIème siècle, en Grande-Bretagne, Mary Ann Cotton va empoisonner pas moins de 21 personnes, dont ses époux successifs et même ses enfants. L’anglaise était terrifiée par la pauvreté. Elle sera condamnée à la pendaison en mars 1873.

Outre-Atlantique, c’est Blanche Taylor Moore qui a crée le scandale, plus récemment. Entre les années 60 et 90, cette mère de famille originaire de Caroline du Sud aurait empoisonné rituellement de nombreuses personnes de son entourage à l’arsenic ; son manager, son père, son époux et sa belle-famille… Aujourd’hui, elle attend son exécution dans le couloir de la mort, mais n’a pas encore livré tous ses secrets.

En France aussi, les affaires de « veuves noires » existent.

Certaines femmes seraient même des veuves noires en série, et se seraient attaquées à plus d’un homme avant d’être démasquées.

La plus célèbre « veuve noire » de l’histoire de France reste Marie Besnard.

Découvrez son histoire et celle de 4 autres femmes « croqueuses de diamants » et « tueuses de maris ».

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Marie Besnard

Marie Besnard, la plus « talentueuse »

Elle est la plus célèbre des veuves noires de France, pour certains, même, la plus talentueuse.

Surnommée « l'empoisonneuse de Loudun »« la Brinvilliers de Loudun » ou « la bonne dame de Loudun », elle demeure d’ailleurs une énigme pour beaucoup.

L’affaire démarre en 1949, dans le village de Loudun, au cœur de la Vienne. La police reçoit les confidences étranges de la postière de la commune, qui prétend que Marie Besnard aurait empoisonné son second mari, Léon, décédé à 55 ans d’une crise d’urémie, selon le médecin.

Intrigués, les policiers mènent leur enquête et décident de faire exhumer le corps du défunt. Stupeur : des traces d'arsenic sont décelées. Marie Besnard est arrêtée, et les rumeurs vont bon train dans son village. Car le couple Besnard aurait reçu nombre d’héritages conséquents ces dernières années, après plusieurs décès dans leur famille… De nouveaux corps sont alors exhumés. Les enquêteurs vont relever de l’arsenic sur onze cadavres : le premier mari de Marie Besnard, ses parents, ses beaux-parents, sa belle-sœur, ses vieilles cousines, et même des voisins.

Au total, Marie Besnard est renvoyée devant la cour d’assises pour une demi-douzaine d’empoisonnement létaux.

Au bénéfice du doute

Un premier procès s'ouvre en 1952 à Poitiers, mais il est renvoyé au bout de quelques jours. Les analyses toxicologiques ne sont pas assez solides, et une contre-expertise a été ordonnée. 

Un deuxième procès se tient en 1954 à Bordeaux, mais s'achève, là aussi, sur un renvoi et la nomination de nouveaux experts. L'accusée, en détention depuis près de cinq ans, est libérée dans l’attente de cette troisième audience.

Il faut attendre sept ans pour que ce procès ait finalement lieu, à Bordeaux, en 1961. Les avocats de Marie Besnard vont s’employer à semer le doute : pour eux, les corps auraient pu être imprégnés d’arsenic post-mortem. Leur cliente, une « brave paysanne poitevine » est innocente et seulement victime de ragots malfaisants.  

Les psychiatres, eux, décrivent Marie Besnard comme une femme « anormalement normale », mais dotée d’une certaine capacité pour la dissimulation.

Au terme des débats, la cour prononce l’acquittement de la « veuve noire », par manque de preuves. Marie Besnard meurt à l’âge de 83 ans, à Loudun le 14 février 1980, après avoir fait don de son corps à la science.

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Une femme dans un cimetièreIstock

Manuela Gonzales, la veuve noire de l'Isère

Le 31 octobre 2008, à Villard Bonnot, un petit village de l’Isère le corps de Daniel Cano, un artisan de 58 ans, est découvert dans une voiture calcinée.

Les analyses vont révéler qu’il a ingéré une puissante dose de somnifères.

La thèse du suicide est rapidement écartée, et les enquêteurs s’intéressent plutôt à Manuela Gonzales, la femme de Daniel.

Le couple était en proie à de lourds problèmes financiers, à cause notamment de l’addiction de Manuela au jeu. Peu avant de mourir, Daniel avait même contracté une assurance vie d’un montant de 100 000 euros. Cette promesse d’argent aurait-elle poussé sa femme au crime ?

Les hommes qui croisent son chemin connaissent tous le même sort...

En s’intéressant de plus près à la veuve, les policiers vont aller de surprise en surprise. Car autour de Manuela, les hommes semblent tous ou presque mourir dans d’étranges circonstances. Son premier mari a passé 2 mois dans le coma, et il soupçonne lui-même Manuela de l’avoir empoisonné. Un autre de ses conjoints a été victime d’une intoxication. Et ce n’est pas tout : deux autres hommes qu’elle avait fréquenté des années auparavant sont décédés dans de troublantes circonstances….

Mais à chaque fois, Manuela échappera à la condamnation, en fournissant des alibis jugés crédibles.

Mais pour le meurtre de Daniel, elle est finalement reconnue coupable et condamné à 30 ans de réclusion criminelle lors de son procès, en 2014. Sa peine est confirmée lors du procès en appel, deux ans plus tard.

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L'ombre d'une femmeIstock

Yolande Moustrou, la veuve noire de Narbonne

Le 21 juin 2005, sur un chemin aux alentours de Narbonne, il est 1 heure du matin quand deux amoureux à la recherche d’un coin tranquille tombent sur une voiture garée, tous feux éteints. Au volant, un homme en sang, la tête explosée, un revolver à la main. Il s’agit Didier Berthomieu, un maçon de 46 ans, qui a vraisemblablement mis fin à ses jours.

Le 17 novembre de la même année, une tragédie curieusement similaire agite à nouveau la région. Jean-Pierre Garcia, 46 ans, maçon lui-aussi, est retrouvé pendu dans sa grange. La justice ouvre alors une information judiciaire.

Affabulatrice et maître-chanteuse

Les enquêteurs vont découvrir que les deux hommes fréquentaient la même femme, une certaine Yolande Moustrou, âgée d’une quarantaine d’années. Et qu’ils étaient tous deux gravement endettés au moment des faits…

Sans plus tarder, les policiers font le rapprochement entre cette mystérieuse femme et les dépenses faramineuses de ses soupirants. Yolande , afabulatrice avérée, les couvrait de mensonges pour leur soutirer de l’argent, toujours selon le même scénario. Elle aurait ainsi manipulé une dizaine de victimes, les séduisant jusqu’à la dépendance, puis leur faisant du chantage, prétextant être gravement malade. Elle partageait ensuite le butin avec son ex-mari, Éric Bourseau, 55 ans. 

En avril 2017, Yolande est condamnée à 3 ans de prison pour « abus de faiblesse » par le tribunal correctionnel de Narbonne, après 11 ans d’instruction. Elle est décédée en juillet 2017 des suites d’une « longue maladie ». 

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Une boîte de médicamentsIstock

Véronique Lardé, la veuve noire du Pas-de-Calais

Le 9 novembre 2011, Frédéric Butanowicz, un chauffeur routier de 36 ans, est retrouvé mort, nu et en position fœtale, dans un champ de Coucelles-le-Comte, près d’Arras dans le Pas-de-Calais.

Dans son sang, une quantité astronomique de médicaments est retrouvée.

Très vite, les enquêteurs soupçonnent sa propre femme, Véronique Lardé, de n’être pas étrangère au sort de Frédéric. Cette dernière se faisait en effet passer pour un médecin auprès de plusieurs personnes, alors qu’elle était, elle aussi, chauffeur de poids lourds. Certains la décrivent par ailleurs comme mythomane, et manipulatrice.

Mise en examen, Véronique Lardé nie pourtant s’en être pris à son mari.

Le 24 novembre 2016, elle comparaît devant les assises de Saint-Omer pour le meurtre de Frédéric. A l’issue du premier jour d’audience, elle est retrouvée pendue dans sa cellule de la prison de Sequedin. Selon son avocate, Véronique aurait été trop éprouvée par les témoignages, pour certains « cruels » de ses proches lors de ce premier jour de procès.