Affaire Grégory : liaisons, enfants illégitimes, échangisme... Les rumeurs de la Vologne

 
 
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Auteur de l'article Planet.fr, publié le 14/09/2022 à 09:09
Affaire Grégory : liaisons, enfants illégitimes, échangisme... Les rumeurs de la Vologne
ÉPISODE 3. Des liaisons interdites, des secrets de famille déterrés, des accusations sorties du chapeau… Depuis 38 ans, les rumeurs vont bon train dans la Vologne. Autour du meurtre du petit Grégory Villemin gravitent quatre familles, et autant de secrets qu’elles comptent de membres. Chez les Villemin, les Jacob, les Laroche et les Bolle, chacun défend son clan, et sa version du drame. Et rares sont ceux qui ont été épargnés par la calomnie, le fantasme et les affabulations. Mais dans ce tissu de déclarations parfois hasardeuses se cachent aussi quelques vérités.

Dans ce troisième épisode de notre enquête exclusive, nous vous proposons un tour non exhaustif des murmures qui ont rythmé l’enquête sur le meurtre de Grégory, afin de démêler, enfin, le vrai du faux.

Dans l'affaire Grégory, les épisodes se succèdent sans se ressembler depuis près de 40 ans, et tout semble possible, sauf, peut-être, la manifestation de la vérité. On compte sur les doigts d'une main les personnes qui ont été mises en examen pour le meurtre du petit garçon, retrouvé sans vie dans la Vologne un soir d'octobre 1984. Mais il faut ensuite replier exactement le même nombre de phalanges : toutes ont finalement été écartées, pour diverses raisons. Le premier à bénéficier du doute, aux balbutiements de l'affaire, c'est Bernard Laroche, qui fait figure de principal suspect durant les premières semaines de l'enquête. Mais il est remis en liberté le 4 février 1985.

Christine Villemin, le lynchage de la mère

Sa mise en examen n'est pas encore annulée, mais le juge Lambert n'est plus convaincu de sa culpabilité, surtout depuis le revirement de sa belle-soeur, Murielle Bolle, qui a accusé les gendarmes de lui avoir soutiré de fausses déclarations lors d'une garde à vue houleuse. Jean-Michel Lambert veut creuser une autre piste : celle de la mère infanticide. Après le fiasco Murielle Bolle, les gendarmes de Lépanges ont été dessaisis de l'enquête, et c'est le SRPJ de Dijon qui reprend le dossier à bout de bras. Eux en sont convaincus : c'est Christine Villemin qui se cache derrière le meurtre du petit. Pourquoi, sinon, une mère aurait-elle laissé son enfant jouer dehors, alors même que la famille était menacée, depuis près de deux ans, par un vil corbeau ?De nouvelles expertises vont bientôt venir les conforter dans leur thèse. Le "petit juge" a en effet mandaté pas moins de six experts en écriture afin d'analyser la fameuse lettre de revendication du crime, reçue par les parents Villemin le lendemain du meurtre. L'avocat de Murielle Bolle, Me Jean-Paul Teissonnière, rappelle leurs conclusions, à l'époque.Les six experts nommés par Lambert vont tous conclure de la même manière en disant : premier point, ça ne peut pas être Bernard Laroche puisqu'à cette époque là, on l'avait mis en examen. Deuxième point, c'est indiscutablement l'écriture de Christine Villemin. - Me Jean-Paul Teissonnière

L'enfer du couple Villemin

Le jour où les expertises sont rendues publiques, Christine et Jean-Marie sont en voiture lorsqu'un flash radio leur apprend les résultats. "Elle est enceinte de jumeaux. Et là, elle se met à perdre du sang tellement elle est choquée par ce qu'elle entend à la radio, nous raconte Patricia Tourancheau, autrice de Grégory - La machination familiale (ed. Seuil). Jean-Marie Villemin, donc, l'emmène à la clinique, où elle perd l'un des deux bébés. Il est au comble du désespoir, il enrage et ne sait plus à quel saint se vouer". Le jour-même, le père de famille se serait rendu sur la tombe de son fils, jurant de venger sa mort. De leur côté, les avocats du couple demandent une contre-expertise. Les nouveaux experts aboutissent au même constat : il est hautement probable que Christine Villemin soit le scripteur de la lettre de revendication du crime. Il se murmure aussi que l'autopsie du petit-garçon n'a pas été réalisée jusqu'au bout, et donc, que certaines traces, notamment de coups ou d'étranglement, n'ont pas pu être mises en évidence. "Cette polémique sur l'autopsie a été lancée un peu plus tard, notamment pour accréditer la thèse qui accusait Christine Villemin d'être l'auteure du meurtre de son fils", note Étienne Sesmat, capitaine de la gendarmerie d'Épinal, qui a dirigé l'enquête jusqu'en février 1985.

Grégory, noyé dans sa baignoire ?

"Il y avait eu des thèses en l'air comme quoi Grégory se serait noyé dans sa baignoire, c'est complètement ubuesque ! Alors que l'autopsie avait été faite, et il n'y avait aucune trace de coups, de violences, il a été démontré qu'il était mort par conjonction d'hydrocution de noyade et d'étouffement : lorsqu'il était à l'eau, il était conscient mais il avait certainement été étouffé, rendu inconscient juste avant d'une façon ou d'une autre… L'autopsie était claire là-dessus, elle a révélé des choses qu'on voulait, il n'y a eu aucun problème de ce côté-là", nous assure l'ancien gendarme.

Christine Villemin, condamnée par sa beauté ?

Mais pour celui qui reprend alors l'enquête en février 1985, le commissaire Jacques Corrazzi, quelque chose cloche dans le comportement de la mère : elle est "trop belle" pour une femme endeuillée. C'est du moins ce qu'a confié l'ancien policier aux caméras de Netflix, en 2019, dans le documentaire Grégory, diffusé sur la plateforme : Elle a une tenue, bon. Elle est en noir, d'accord. Mais elle a une tenue plaisante, disons. Elle a un pull extrêmement collant. Dans d'autres circonstances, on est presque là à lui faire la cour. Je me dis, 'Tiens, elle est presque agréable à regarder.' Pour un homme, elle est pas mal, quoi. Moi, j'aurais vu quelqu'un d'éploré, pas coiffé, habillé de manière négligée, et ce n'est pas le cas. - Jacques Corrazzi35 ans plus tard, la séquence, d'un sexisme assumé, n'a pas manqué de provoquer un tollé. Christine et Jean-Marie Villemin ont notamment été extrêmement bouleversés et outrés de ces propos, eux qui pensaient avoir déjà tous subi dans cette affaire. "Ils ont été choqués de ces propos tenus tant d'années plus tard", avait témoigné à l'époque auprès du Parisien l'avocate du couple Marie-Christine Chastant-Morand. "Comme si la justice dépendait d'une façon de s'habiller… Monsieur Corazzi s'arrête à son enquête, qui a pourtant été remise en cause depuis", avait-elle ajouté. Le couple était malgré tout satisfait de voir l'indignation du public à la suite des propos de l'ancien policier. "Je leur transmets les témoignages de soutien que je reçois et ils sont satisfaits et soulagés de voir que des gens honnêtes et raisonnables ont des réactions saines", avait confié au quotidien un autre conseil du couple, Me Thierry Moser. Il estimait en effet que le documentaire "remet les pendules à l'heure sur le rôle odieux que M. Corazzi a tenu dans cette affaire"."La femme de Jean-Marie Villemin n'a pas vraiment été victime de rumeurs mais surtout de jalousie : elle était sexy, bien habillée, élégante…", commente Patricia Tourancheau pour Planet. Dans…