Affaire Grégory : Louisette Jacob, la tragédie d'un inceste

 
 
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Auteur de l'article Planet.fr, publié le 13/09/2022 à 09:09
Affaire Grégory : Louisette Jacob, la tragédie d'un inceste
C'est le secret le mieux gardé de la vallée. Louisette Jacob, née à Granges-sur-Vologne le 21 mai 1935, semble être un personnage anecdotique dans la gargantuesque affaire Grégory. Celle dont le nom rime avec "simplette", faute à sa déficience mentale, se tient bien loin des drames, des passions et des jalousies qui rythment les autres branches de sa famille… En apparence, au moins.

Dans ce deuxième épisode de notre enquête, nous vous proposons de découvrir plus en profondeur qui était Louisette, dont le destin funeste n'est pas sans rappeler les misères qui lancinent les clans Villemin, Jacob, Bolle et Laroche.

Dans la vieille ferme orange où elle grandit, sur les hauteurs d'Aumontzey, Louisette est éduquée au rythme des cochons, poules et autres gallinacés qui parfument la cour de la bâtisse. Sa mère, Adeline Jacob, née Gaudel, correspond à la figure maternelle classique : réputée douce, tendre, elle maintient le lien entre ses enfants. De son côté, Léon, le patriarche, est connu pour être sympathique, tant qu'il se tient loin de la bouteille. Un homme excentrique et versatile dont les sévices sont "excusés", dans la famille, par son passé d'ancien combattant dans la Première Guerre mondiale.Dans les années 1950, Louisette est la seule enfant à vivre encore entre les murs de la vieille grange d'Aumontzey. Alors adolescente, elle ne sait ni lire, ni écrire, ni déchiffrer l'heure… Mais est dotée d'un certain bon sens, a de la conversation et fait montre d'une excellente mémoire. Et ce, malgré ses éclats de rire aussi déroutants que saugrenus, qui surprennent souvent au milieu d'une phrase, comme un cheveu sur la soupe.

Louisette Jacob : l'enfant remplace sa mère dans le lit conjugal

Quelque temps plus tard, en 1953, Louisette donne naissance à une petite fille qu'elle prénomme Chantal… Et dont personne ne connaît alors le père. C'est là que se trouve le cœur d'un terrible secret que le corbeau fait pourtant mine d'ignorer dans ses infâmes missives. Un jour, la jeune mère finit par révéler l'identité du géniteur, qui n'est autre que Léon, son père. Suite à une enquête de mœurs menée au domicile des Jacob, le père de famille est placé en cure de désintoxication à l'hôpital de Mirecourt, à quelques dizaines de kilomètres de là. Léon nie en bloc et accuse Albert Villemin, son ennemi juré, d'être l'amant de sa fille.

Léon est bien le père de Chantal

Dans la famille, personne n'est dupe. Devant les gendarmes, Monique Villemin, la sœur aînée de Louisette, répond par l'affirmative : Léon est bien le père de Chantal. "C'est ma mère qui nous a appris qu'elle était enceinte de mon père. Que voulez-vous qu'on dise, nous ? C'était pas facile à vivre. Ma mère n'est pas partie du domicile, mais elle ne couchait plus avec mon père", confie-t-elle. Dès lors, Adeline, profondément choquée par cette sordide découverte, sombre dans l'alcoolisme et le chagrin avant de quitter le lit conjugal, où Louisette ne tarde pas à la remplacer jusqu'à la mort de son père, en 1972. Adeline, elle, ne lui survit que trois ans, avant de mourir dans son sommeil.

Louisette, victime d'inceste : le tabou et les protecteurs

À la mort de ses deux propriétaires, la grange délabrée des Jacob revient non pas à l'un de leurs enfants mais à leur gendre, Marcel Laroche. Le père de Bernard, qui a laissé son fils entre les mains du couple à la mort de sa femme, Thérèse, s'était dévoué corps et âme pour maintenir la bâtisse de Léon et Adeline en bon état. Pour toujours fidèle à la famille Jacob, Marcel laisse Louisette habiter la maison pour lui éviter l'hospice… Et pouvoir rester près de sa fille qui, elle aussi, souffre d'une déficience. "Louisette avait un problème mental, mais c'est surtout sa fille, Chantal, fruit de l'inceste, qui était retardée mentalement", articule la journaliste Patricia Tourancheau, autrice de Grégory - La machination familiale (ed. Seuil). Quand son père meurt d'un cancer en 1982, Bernard Laroche hérite de la maison et se sent investi d'une mission de protection envers Louisette et sa fille. Car si Bernard ne prend pas soin d'elles, qui le fera ? Monique Villemin, aînée de Louisette, préfèrerait ses autres sœurs, selon certains membres…