« J’étais sa chose, son objet » : Maxime Gaget, homme battu, a survécu à sa femme violente

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 20/04/2022 à 16:04
Maxime Gaget
Maxime Gaget
C’est une histoire de violences conjugales comme on en entend peu, et pourtant. Entre 2007 et 2009, Maxime, 29 ans, est victime des pires sévices de la part de sa compagne. Les mécanismes sont les mêmes que dans n’importe quelle situation d’emprise : isolé, dévalorisé, le jeune homme a peur, il ne peut pas quitter sa bourrelle. A plusieurs reprises, il frôle la mort, torturé par cette femme. Jusqu’au jour, où par miracle, il s’en délivre. Depuis, il a décidé de briser le silence sur le sort des hommes victimes de violences conjugales. Entretien exclusif.

Selon une enquête de l’Insee, en 2019, 28 % des victimes de violences conjugales autodéclarées étaient des hommes. Chaque année, en moyenne, entre 2011 et 2018, 82 000 Français – à minima -  souffraient donc sous les coups ou les agressions sexuelles de leur partenaire. En 2018, 28 d’entre eux ont même succombé aux violences de leur conjointe ou de leur ex-conjointe. La violence domestique n’est donc pas simplement le fait des hommes, et pas toujours dirigée uniquement vers les femmes, même si les chiffres des féminicides sont encore plus dramatiques. Pourtant, on parle encore peu de ces victimes masculines en France. L’histoire de Maxime, elle, est symptomatique de ce tabou, mais aussi de l’ampleur du problème.

A l’automne 2007, Maxime, 29 ans, débarque de sa Charente natale à Paris pour suivre une formation de développeur informatique. Sur internet, il fait la connaissance d’une femme, avec qui les échanges sont agréables. Ils ont un ami en commun, et décident de se retrouver, pour la première fois, à l’occasion d’un barbecue organisé chez ce dernier. Très vite, une relation s’installe entre les deux jeunes gens. Et si au début, tout semble aller pour le mieux, cette femme ne va pas tarder à montrer son véritable visage : celui d’une grande manipulatrice, extrêmement violente.

Maxime Gaget : « Elle avait quelque chose de magnétique »

A plusieurs reprises, Maxime va être victime de coups d’une rare intensité, et de ce que les experts qualifieront plus tard d’actes de torture et de barbarie. A chaque fois, sa compagne remet la faute sur lui, arguant que c’est de sa faute, puisqu'il la pousse dans ses retranchements. Maxime perd son travail : à cause de ses blessures, il est trop souvent absent. La violence monte crescendo. Le jeune homme se retrouve constamment à l’hôpital, son corps entier est supplicié.

Pendant près d’un an et demi, Maxime vit un véritable calvaire dont il est alors persuadé qu’il ne réchappera pas. Mais un beau jour, avec l’aide de ses proches, il parvient à réchapper à son agresseur. C’est alors le début d’un autre combat, pour obtenir justice, et faire entendre sa voix, qui est aussi celle de nombreux autres hommes victimes de violences conjugales, et que la société a bridé au nom des sacro-saintes valeurs patriarcales.

Maxime a accepté de nous raconter son calvaire et son engagement.

Comment avez-vous rencontré cette femme, et comment votre histoire a-t-elle commencé ?

Maxime Gaget : Par erreur. C’était un hasard dont je me serai bien passé. J’étais en 2007 en formation en région parisienne, et j’ai fait la connaissance de cette femme via internet, au mois d’avril. On a commencé à échanger, ça s’est fait tout doucement. Jusqu’au mois de juillet, on se parlait seulement. Et puis, on a été invités par un ami commun à un barbecue, et nous avons alors convenu de nous voir un peu avant pour faire plus ample connaissance.

Ce jour-là, lorsqu'elle est arrivée au lieu de rendez-vous, j’ai eu comme un choc. Je m’attendais à voir quelqu’un d’assez féminin, et je vois arriver une armoire à glace d’1m62, en jeans, bombers, et baskets. Elle était physiquement impressionnante. J’ai une petite voix qui me dit à ce moment : « tu prends tes affaires et tu t’en vas ». Mais par principe, je me suis dit « on ne juge pas sur les apparences ». La curiosité l’a emporté et je suis resté, ça s’est globalement bien passé.

Nous allons à ce barbecue, tout se passe très bien, sauf à un moment où cette femme a une violente prise de bec avec un l'amie avec laquelle j'étais venue, ce qui provoque une certaine gêne, un malaise palpable. Aux alentours de 22h30, je préviens mon hôte que je ne vais pas tarder à partir puisque dépendant des transports en commun. Elle me propose de dormir chez elle, mais me dit « attention on ne fera rien ». Naïvement, j’accepte. Par principe, c’était de toute manière beaucoup trop tôt pour moi de toute manière. Vers 4 ou 5h du matin, un autre invité nous dépose chez elle ; nous montons jusqu'à son studio et une petite heure plus tard, elle franchit cette frontière pourtant communément convenue. C’était très rapide et, pour tout vous dire, je ne m’y attendais pas du tout. La suite des évènements a là aussi été assez rapide, puisque sur sa demande insistante, j’ai fini par emménager chez elle le 29 octobre 207 au soir, au bout de quelques semaines seulement.

 

Quel était son profil, sa personnalité ? Qu’est-ce qui vous a plu chez elle ?

Maxime Gaget : Sur les côtés positifs, elle était très enjouée, dynamique, ouverte d’esprit, du moins en apparence. Il y avait quelque chose d’assez difficile à expliquer, de quasi magnétique chez elle. Le cœur a ses raisons que la raison ignore, comme dit le proverbe. Mais en creusant, on se rend compte que c’est une façade.