Infanticides multiples : ces mères qui ont tué plusieurs de leurs enfants

 
 
Auteur de l'article eleonore.bounhiol , publié le 15/02/2022 à 18:02
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Ces dernières années, des affaires criminelles pas comme les autres ont souvent fait la une des journaux... Des « infanticides multiples », comprenez lorsqu’un parent (le plus souvent, une mère) se retrouve accusé d’avoir donné la mort à plusieurs de ces enfants, généralement lorsque ceux-ci étaient des nourrissons. Retour sur 8 affaires marquantes.

Dans plusieurs affaires d’infanticides, les petites victimes, tuées à leur sortie l’utérus, n’ont même pas de nom. Ces nouveau-nés n’ont pas eu d’existence légale. Leurs mères, elles, sont devenues pour certaines tristement célèbres. Véronique Courjault, Dominique Cottrez, Audrey Chabot…

En apparence, pourtant, elles avaient tout l’air de femmes ordinaires. Souvent, même, leurs crimes sont passés inaperçus pendant des années.

« Pourquoi les Françaises tuent leurs bébés ? »

Mais ces derniers temps, beaucoup de ces drames ont été mis en lumière. Ils seraient liés, pour la plupart, à ce que l’on appelle le déni de grossesse. En 2010, Le phénomène pousse même le magazine américain Time à titrer un article « Pourquoi les Françaises tuent leurs bébés ? »

Ce trouble désigne le fait pour une femme d'être enceinte, sans le reconnaître, soit en le dissimulant par tous les moyens, soit en étant tout à fait inconsciente de son état. Il concernerait jusqu’à 3 naissances sur 1000 chaque année dans l’Hexagone.

Michel Delcroix, ancien gynécologue et exprès près de la cour d’assises, expliquait dans les colonnes de Time : « Ces femmes sont tellement convaincues que leur grossesse est impossible que lorsqu’elles accouchent de cet enfant dont elles n’ont jamais voulu, elles ne peuvent l’accepter et s’en débarrassent pour retrouver l’ordre des choses, pour retrouver un monde où elles n’ont pas été enceintes ».

Le déni de grossesse au cœur du débat

Selon plusieurs experts, les femmes ayant connu des épisodes de vie traumatisants, comme un viol ou des agressions physiques, seraient plus à même de développer ce trouble.

Pour d’autres, c’est « l’impossibilité » de se sentir mère qui provoque le déni. « Certaines femmes ne réussissent pas à se faire à leur nouvelle identité lorsqu’elles sont enceintes, et d’autres veulent seulement être enceintes, mais pas avoir réellement d’enfant. Alors, quand le bébé arrive, il n’a pas d’existence réelle, psychologique pour ces femmes. Elles ne le voient pas comme u, « vrai » bébé », ce qui faciliterai le passage à l’acte criminel, expliquait encore le psychiatre Pierre Lamothe au Parisien.

Aujourd’hui, plusieurs médecins militent pour le déni de grossesse soit reconnu comme une maladie.

Pour les mères infanticides, c’est en tout cas un argument qui a permis à certaines d’entre elles d’échapper à de lourdes peines de prison.

Elles ont tué 5, 6 ou même 8 de leurs enfants : découvrez les histoires de ces 8 femmes.

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Geneviève Lhermitte

Le quintuple infanticide de Nivelles

C’est certainement la pire affaire d’infanticide que la Belgique n’ait jamais connue. Le 28 février 2007, la petite commune de Nivelles est le théâtre d’un drame à peine croyable.

C’est là que vivent, au cœur du quartier bourgeois, Geneviève Lhermitte, son époux Bouchaïb et leurs 5 enfants, âgés de 3 à 14 ans.

Mais ce jour-là, la mère de famille, qui souffre de dépression depuis plusieurs mois, se décide à commettre l’impensable. Elle sort d’abord acheter des couteaux. Puis, de retour à son domicile, alors que ses cinq enfants regardent tranquillement la télé, elle les appelle un par un à l’étage de la résidence, et les égorge. La mère tente ensuite de se suicider, après avoir envoyé une lettre à l’un de ses amis dans laquelle elle confie “J'ai pris ma décision de partir avec mes enfants très loin et pour toujours". Mais elle survit. Et son terrible geste, dont elle peine à s’expliquer, va hanter toute la région…

Elle a refait sa vie

Rapidement dans l’enquête, la question de la lucidité et donc de la responsabilité pénale de Geneviève Lhermitte se pose. La mère de famille, déjà suivie pour des troubles psychologiques, était-elle en état de démence au moment des faits ? Un collège de psychiatres estime finalement qu'elle est bien responsable de ses actes.

En 2008, la mère infanticide est condamnée par la cour d’assises du Brabant-Wallon à la réclusion criminelle à perpétuité.

En 2015, elle se marie en prison avec un codétenu, libéré depuis. 

En 2019, elle bénéficie à son tour d’une libération conditionnelle après 12 ans d’emprisonnement et serait désormais hébergée dans un centre psychiatrique.

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Audrey Chabot

La récidive

Le 24 mars 2013, à Ambérieu-en-Bugey (Ain), Audrey Chabot, 32 ans, part faire quelques courses. Son compagnon, Ali, s’occupe en attendant de son jeune fils de 12 ans Alexis. Ali ouvre le congélateur d’Audrey, à la recherche de quoi lui préparer un repas. Deux étranges paquets l’intriguent. En ouvrant l’un, il découvre le crâne d’un bébé… Le souffle coupé, il demande des explications à Audrey lorsqu’elle rentre. Et elle de lui lancer : « Tu ne vois pas que c’est du gigot ? ». Mais à l’arrivée des gendarmes, Audrey leur désigne les deux bébés congelés et leur dit « j’ai recommencé ». 

L’un se prénomme Colin et a vécu quelques jours en octobre 2011, avant d’être noyé par Audrey. La jeune femme avait alors accouché dans les toilettes de son modeste logement. Un an plus tard, en novembre 2012, elle accouche de nouveau dans ses toilettes. Cette fois-ci, elle noie le bébé tout de suite dans le bac de douche. Prénommé Alban, il est placé aux côtés de son frère dans le congélateur. Audrey cachait ses grossesses à son entourage, et à son compagnon qu’elle fréquentait pourtant depuis 2010. En réalité, la jeune-femme semble répéter sans fin le même scénario…

Sa propre mère complice d'un premier meurtre

En 2002, dans la maison parentale où elle élève Alexis alors âgé de 2 ans, Audrey, 22 ans, accouche en pleine nuit dans les toilettes. Sa mère  coupe alors le cordon ombilical, puis étrangle le nouveau-né à la demande d’Audrey avant de cacher le corps dans une maison en ruines à proximité. Elle emmène sa fille aux urgences, qui prétend avoir fait une fausse couche. Le médecin n'en croit rien et fait un signalement. Pour ce premier infanticide, Audrey Chabot est condamnée en 2005 à quinze ans de réclusion ; sa mère à dix-huit ans. Audrey est libérée à mi-peine en 2010.

En février 2015, elle est condamnée à 23 ans de réclusion criminelle pour le double néonaticide d’Ambérieu. Et pour prévenir tout risque de récidive, l’accusée annonce qu'elle va se faire ligaturer les trompes.

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Dominique Cottrez

8 infanticides

Le 24 juillet 2010, dans le village de Villers-au-Tertre, un couple décide de planter un arbre dans son jardin. En creusant la terre, ils découvrent l’horreur : des sacs poubelles qui renferment plusieurs nouveau-nés dans un état de décomposition. 

Très vite, la gendarmerie de Douai se saisit de l’affaire et recherche les anciens propriétaires de cette maison. L’ancien bailleur étant décédé, c’est la fille de celui-ci, Dominique Cottrez, qui est auditionnée.

Cette aide-soignante de 47 ans avoue être la mère des deux nourrissons. Mais surtout, elle ajoute avoir dans son garage les corps de 6 autres bébés, dans des sacs plastiques. Interrogé, son mari déclare n’être au courant de rien.

A huit reprises, Dominique aurait accouché toute seule avant d'étrangler ou d'étouffer les nourrissons puis de les enfermer dans des sacs en plastique, qu'elle gardait précieusement dans sa chambre à coucher.

Traumatisée par sa prise en charge médicale

Son entourage, stupéfait, n’avait jamais remarqué les 8 grossesses successives de Dominique, qui est obèse.

Elle explique que c’est d’ailleurs sa condition physique qui l’a poussé à commettre ces gestes. Lors de son premier accouchement, une sage-femme l’aurait humiliée en raison de son poids. Dominique se serait alors juré de ne plus jamais s’exposer au monde médical. Pendant des années, elle refuse donc les consultations, la contraception… Et les grossesses s’enchaînent.

Dominique est mise en examen pour homicide volontaire sur mineur de moins de 15 ans.  Elle ne peut répondre que d’un meurtre, puisque sur les 8 nourrissons nés et tués en 1989 et 2000, seul le dernier n’est pas couvert par la prescription.

Elle est remise en liberté le 2 août 2012 après deux ans de détention provisoire, puis condamnée le 2 juillet 2015 à 9 ans d'emprisonnement par les assises du Nord.

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L'endroit où on été retrouvés les bébés

Les bébés de Galfingue

C’est une affaire hors du commun, qui est restée un mystère pendant 14 ans.

En 2003, un promeneur fait une découverte glaçante dans la forêt de Galfingue, dans le Haut-Rhin. Sur un chemin, quatre cadavres de nourrissons gisent, enfermés dans des sacs poubelles. Dans la région, c’est l’émoi. Qui sont donc les « bébés de Galfingue » ? La question va demeurer sans réponse pendant de longues années.

En 2017, l’ADN de Sylvie Horning, une riveraine apparemment sans histoires, est prélevé à la suite d’un conflit de voisinage. Stupeur : le séquençage correspond aux bébés abandonnés.

Un cinquième cadavre dans la glacière

Interpellé, cette femme d’une cinquantaine d’années va avouer avoir tué cinq nouveaux nés, entre 1995 et 2003. A chaque fois, elle avait accouché dans sa salle-de-bain, dans le plus grand secret.

Un temps, les bébés furent cachés dans un cagibi, à son domicile de Mulhouse, avant qu’elle ne décide d’en abandonner quatre dans la forêt. Lors d’une perquisition, les enquêteurs retrouveront le cinquième petit corps dans la glacière familiale.

En octobre 2020, lors de son procès en appel, Sylvie Horning est condamnée à 14 ans de réclusion criminelle. Selon les experts, cette mère de 3 grands enfants, devenue quatre fois grand-mère, ne présentait aucun trouble psychique.